Burkina Faso : la popularité fictive de Blaise

Les derniers évènements politiques au Burkina Faso remettent au goût du jour le sempiternel problème de la popularité des «démocraties dictatoriales» d’Afrique. Il y a certes l’euphorie de la neutralisation d’un régime qui se voulait perpétuel, mais il y a également la question fondamentale de la notion de majorité lorsqu’on sait que la démocratie renvoie au gouvernement du plus grand nombre.
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Les derniers évènements politiques au Burkina Faso remettent au goût du jour le sempiternel problème de la popularité des «démocraties dictatoriales» d’Afrique. Il y a certes l’euphorie de la neutralisation d’un régime qui se voulait perpétuel, mais il y a également la question fondamentale de la notion de majorité lorsqu’on sait que la démocratie renvoie au gouvernement du plus grand nombre. Peut-être serait-il mieux de redéfinir le concept même de majorité puisque jusqu’ici il s’agit généralement du plus grand nombre de votants et non des citoyens d’un pays.

 Si Compaoré était donc si populaire comme les urnes nous laissaient croire….  

Le débat semble bien pertinent d’autant plus qu’il y a seulement moins de trois ans que Blaise Compaoré lors de l’élection de novembre 2010 a été accrédité d’un score russe de plus de 80, 98 %, ce qui contraste avec le degré de mobilisation populaire qui a mis l’ex-président hors d’état de nuire. Où sont passés les 80, 98 % de Burkinabè pour sauver Blaise Compaoré ?

Une majorité frauduleuse

Une première réponse, la plus simple et la plus plausible, est l’exhibition depuis l’assassinat de Sankara d’une majorité frauduleuse acquise dans des conditions électorales contestables, tronquées et truquées. Une thèse qui semble d’ailleurs soutenable au vu de la multiplication des actes d’anti jeux politiques dans les «démocraties dictatoriales» africaines. Nul n’ignore la situation déloyale qui continue à maintenir éternellement les régimes au pouvoir. Il faut aussi souligner le contraste qui existe entre les majorités clamées et proclamées d’une part et les masses importantes qui contestent généralement dans les rues africaines d’autre part.

La majorité électorale n’est pas la majorité populaire

La plupart des régimes du Sud se targuent de majorité démocratique alors qu’ils s’appuient sur les citoyens qui ont été voter tout en omettant la plus grande masse qui de plus en plus ne s’exprime pas dans les urnes, mais dans les espaces contestataires. Les scores électoraux glanés dans bon nombre de pays africains imposent alors une certaine prudence quand on parle de légitimité.

Le nombre de votants, loin d’exprimer la volonté populaire

Si l’on se décide d’accorder néanmoins un certain crédit aux résultats proclamés par des institutions en charge des élections,  il n’est pas exclu qu’on reconnaisse que ce sont des majorités d’une minorité d’individus qui se déplacent le jour du vote pour exprimer électoralement leur voix. En effet ces élections connaissent de fortes abstentions qui délégitiment les présidents africains. L’abstentionnisme ici ne doit pas seulement être centré sur des inscrits qui ne votent pas, mais plus sur des grandes masses qui refusent de s’inscrire donc de prendre part au jeu.

Une majorité issue de la minorité 

Ceci dit, il était difficile de reconnaître une certaine légitimité au président tombeur de Thomas Sankara une certaine reconnaissance et acceptation populaire puisqu’au scrutin de novembre 2010, sur une population de 17 millions d’habitants, quelque 3 millions de Burkinabè sont allés aux urnes, et encore plus Blaise Compaoré a récolté 1, 3 million des voix, soit 80, 98 % des suffrages exprimés. Un taux qui ne permet pas de conclure qu’il bénéficiait d’une majorité démocratique, peut-être électorale si l’on veut rester complaisant.

L’illusion des motions de soutien

Les motions de soutien et autres marques de déférence entrent dans cette légitimité fictive en Afrique où les acteurs usent abusivement du petit «nous» qui relève de la pure escroquerie politique. Il y a là une tentative de désubstantialisation de la réalité, de l’abstentionnisme contestataire, donc de l’abstention dans le jeu, en cherchant à mettre la mise à l’écart des citoyens du jeu électoral à l’actif du déficit de culture politique (abstentionnisme hors du jeu).

La vraie majorité ne s’exprime pas dans les urnes

En outre, il est clair, en s’en tenant au cas du Burkina, que les peuples vivant en captivité dans les «démocraties dictatoriales» d’Afrique continuent néanmoins à faire l’économie de leur autodétermination (souveraineté) jusqu’à ce que, à un moment de leur histoire ils finissent par l’exprimer dans la rue. On peut alors dire que la rue reste en Afrique le vrai espace d’évaluation de la légitimité populaire, les urnes ayant déjà montré toute leur incapacité à traduire la volonté du peuple puisqu’elles sont truquées et davantage non représentatives.

Les élections sont loin de dégager la réelle majorité ou alors le niveau de légitimité de l’establishment politique, la vraie majorité est silencieuse et le silence en politique doit être considéré en Afrique comme une expression de contestation forte des peuples déçus par les élections cosmétiques.

Des griefs latents

Ceci explique d’ailleurs la vitesse avec laquelle s’opère la désectorialisation des revendications populaires soutenue par l’appui souvent spontané des sites sociaux. On peut se référer à titre d’illustration aux émeutes de 2008 au Cameroun où un mouvement contre l’augmentation du prix du carburant a migré avec une vitesse exponentielle vers une revendication sur la non- modification de la Constitution pour aboutir sur la question du départ du président Biya du pouvoir. Tout simplement parce que ce mouvement autour du prix du carburant a réactivé d’autres griefs jusqu’ici latents en l’occurrence le problème de la corruption, de l’injustice sociale, de la misère et de la longévité au pouvoir de Biya.

Les clichés d’une majorité incontestable

La problématique de la légitimité électorale basée sur la minorité des citoyens qui vont aux urnes a conduit Compaoré à sous-estimer son impopularité. Il a semblé ne pas sortir des hallucinations pour comprendre que depuis le 15 octobre 1987 il était de plus en plus impopulaire, mais bénéficiait encore de l’Etat de grâce de la majorité silencieuse qui s’était résignée à ne plus prendre part à ces mascarades électorales, ce qui lui donnait malheureusement des pseudo majorités obèses fictives. Il en n’est de même des autres démocraties «dictatoriales impopulaires» qui construisent dans l’imaginaire collectif les clichés d’une majorité incontestable or la vraie majorité dans les systèmes autoritaires s’illustre dans la Rue.

 

Aristide Mono

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

4 commentaires

Boukari Ouédraogo

La chute de Blaise Compaoré n’est pas lié à sa popularité ou non au Burkina Faso. Les Burkinabè étaient arrivés à un stade où ils avaient besoin de changement. Ce que Blaise Compaoré n’a pas compris. La demande du peuple burkinabè était juste le respect de l’article 37 de la constitution. Et l’on le disait même, il pouvait partir et revenir plus tard. On avait juste besoin de changement.

Effectivement a priori sa chute n’est pas lié à sa popularité mais pose tout au moins un problème crucial qui congénitale à toutes les dictatures africaines celui de la pseudo légitimité populaire au vue des scores frauduleux qu’elles balancent à chaque élection. A voir autant de Burkinabés qui ont envahi la rue pour neutraliser Blaise on se demande si c’est le même président qui il y a moins de 3 ans nous a fait comprendre qu’il a été élu à plus de 80% et c’est là toute notre interrogation sur la vrai majorité démocratique en Afrique. La modification de l’art 37 n’est qu’un élément déclencheur qui vient réactiver et fédérer toutes le mal que les tords que le régime de Blaise à causé et s’est pour cela que nous avons parlé de la désectorialisation rapide de la revendication, c’est à dire tout simplement que même en renonçant à son projet de modification, cela n’a rien calmé car la revendication tournait désormais sur son départ. Donc il n’est pas question de parler des causes du départ de Blaise même si c’est lié aussi à toutes ces contingences.

au lendemain de cette victoire de la rue sur le gouvernement perpétuel burkinabé les autres demoncrates au pouvoir s’interrogent sur leur avenir et sur leur projet anticonstitutionnels de modification de la loi fondamentale.Tout compte fait le Burkina Faso aurait parlé au reste de présidents africains impopulaires et adepte de la démocratie tronquée

il ne faut pas badiner avec la mémoire collective d »une nation.Blaise compaoré a sans doute oublier les certains faits qui pouvaient a tout moment lui être fatals.il s’agit de l’affaire du journaliste Nobert Zongo assassiné dans les conditions mysterieuses.De l’assassinat de thomas sankara ainsi que des mutineries de 2011.

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