« 8 mars »… Et puis ?

Les journées se succèdent et se ressemblent au fil des années sans un réel impact sur l’asservissement de la femme africaine et sans grande résolution pour mener une véritable plaidoirie. Trop de tables rondes dans les métropoles loin des cibles qui sont submergées par les travaux champêtres et le commerce (buyam sellam).

Les femmes africaines sont endiablées par l’euphorie de la journée internationale de la femme à travers parades et agapes de tout genre, ce rituel devenu pratiquement une mode est un moment plus attendu, qui n’apporte pas une réelle plus-value à la condition féminine. Le statut de la femme s’améliore timidement non pas sous la pression des stars du 8 mars, mais au gré des intérêts d’un système patriarcal soutenu par la tradition africaine machiste cautionnée par un ordre moral monté de toute pièce par le christianisme et l’islam.

La libéralisation politique des Etats africains n’a pas entraîné une libéralisation mentale de la façon dont les femmes sont perçues et traitées. Alors, la société africaine encore encastrée dans une tradition séculairement archaïque semble ne pas se conformer aux grands changements de l’histoire dont l’élément fondamental est le respect de l’être humain et son autodétermination quel que soit son genre ou statut. Ceci compromet toute envie de danser et de cadencer à l’honneur de la femme, alors on devrait parler du 8 mars comme moment de rendre hommage à la femme opprimée (violence symbolique), à travers des maximes traditionnelles misogynes.

La tradition africaine fait de la femme une subalterne qui doit vibrer au rythme des humeurs des hommes. En termes de gastronomie, les hommes se sont taillé la part du lion, certaines parties ou certains animaux sont interdits aux femmes, par exemple, le rat, sous prétexte que leurs seins ne vont pas évoluer normalement, on peut également citer le serpent boa, sinon elles risquent ne pas accoucher. Autant de restrictions sans repères scientifiques qui ont été montées par nos ancêtres pour disqualifier la femme de certains repas en vue d’affirmer davantage les tendances hégémoniques de l’homme.

Les femmes dans la tradition béti ne peuvent pas succéder au trône où encore bénéficier de l’héritage de leurs parents sous le prétexte qu’elles sont faites pour le mariage donc elles risquent de porter ce patrimoine pour aller enrichir leur belle-famille : n’y a-t-il pas cet adage qui postule que la femme a pour village celui de son mari ? La femme reste marginalisée dans la redistribution des ressources familiales, alors avec la raréfaction des offres de mariage que deviennent les femmes célibataires si elles ne peuvent pas jouir du patrimoine parental au même titre que les hommes ?

La religion vient encore renforcer cet esclavagisme surtout lorsqu’on connaît la prévalence élevée de confiance que les Africains accordent aux religions importées c’est-à-dire aux deux livres de bord que sont la Bible et le Coran. Le catholicisme romain réduit la femme à une simple servante, on pourrait dire serveuse. Les femmes n’ont pas droit à la fonction sacerdotale . Elles ne peuvent qu’aider les prêtres à distribuer l’hostie aux fidèles, la doctrine de cette église est machiste, Saint Paul dit quelque part : « Femmes soumettez vous à vos maris » et non « respectez vos maris ». Il s’agit d’une injonction de docilité à l’aveuglette.

L’islam quant à lui flirte avec le comble surtout chez les salafistes qui ont ôté toute humanité à la femme. En effet pour continuer à faire de la femme une propriété de l’homme elle doit toujours être couverte ou masquée afin de ne pas susciter des « appétits » de monsieur tout le monde. Elle doit demeurer ménagère et oublier sa citoyenneté. Elle subit jusqu’à l’excision pour ne pas avoir droit au plaisir sexuel. La religion vient donc exacerber le potentat de l’homme sur la femme en faisant adosser ce patriarcat sur la « volonté » de Dieu ou d’Allah.

Lorsqu’on quitte la sphère traditionnelle et religieuse pour aller sur un plan social et politique, on observe encore les écarts dans la considération de la femme. Au niveau conjugal la jouissance et la réjouissance ne sont pas d’actualité. Sans toute fois m’appesantir sur la maltraitance physique, il faut dire que le rôle social de la femme est celui de subalterne de l’homme. Ce dernier n’accepte pas encore le commandement de la femme, elle n’est pas vue au-delà du sexe. Le combat contre les accoutrements indécents avait pour cause fondamentale le viol, pour faire simple, lorsqu’une femme laisse transparaître ces sous-vêtements ou parties du corps, le seul réflexe de l’homme est de passer à l’acte.

Cette perception très rétrograde de la femme comme pourvoyeuse de plaisir sexuel fait en sorte que toutes les transactions entre un homme et une femme ne peuvent avoir pour finalité que la fornication. Or les femmes peuvent offrir un peu plus. Les embauches dans les entreprises ou dans la fonction publique sont conditionnées par le passage à l’acte. Bref lorsqu’un homme est face à une femme, il ne voit que les « délices » de son corps intime. Les femmes mariées ne peuvent être affectées que dans les villes de résidence de leur époux.

Voilà les vrais enjeux du 8 mars, des combats qui doivent portés sur la reconnaissance sociale et politique effective de la femme en Afrique qui doit cesser de servir de bouche-trou dans les scrutins de liste ou encore de représentations cosmétiques pour des besoins de légitimation d’un ordre politique démocratique.

Cependant au-delà des griefs et plaidoiries que les femmes doivent poser lors de la célébration, il y a une autocritique et un autoaggiornamento qui s’imposent.

Les femmes ne peuvent pas attendre tout des hommes !

Il y a celles qui trouvent leur statut social normal, elles éprouvent du plaisir en se faisant apostropher par le nom de leurs conjoints. Elles aiment quand leurs époux les violentent sous prétexte que c’est une preuve d’amour. Les plaidoiries doivent être structurellement bien organisées (féminisme) pour atteindre les objectifs qui se résument en ce triptyque : information, formation et affirmation.

Hommage à toutes les femmes du monde en général et en particulier celles africaines, comme le disait Bob Marley, « no woman, no cry » (pas de femmes pas (de cri) de vie).

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

2 commentaires

Stéphane Huët
Stéphane Huët

Bien dit.

monesson therese

la liberté ne se donne pas,elle s’arache,en effet, les femmes gagneraient à s’affranchir de la domination masculine,non pas en réclamant une égalité qui,reste utopique,mais plutot en mettant en exergue des compétences qu’elles ont certainement dans tous les domaines,pour pouvoir s’imposer dans la sphère publique dans le but de participer à l’édification d’une société exemplaire.

en plus,il est également important de rompre avec des traitements de faveur accordés aux femmes au détriment des hommes qui de manière banale participe de l’aliénation et de la domination des femmes à l’instar de la galanterie masculine,un exemple parmi tant d’autre.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.