Cameroun : la brouille est partie pour durer

DRAPEAU lesmiserables inséré       Les évènements politiques qui secouent le Cameroun depuis plusieurs mois n’ont pas l’air de s’estomper demain ou après demain, il s’agit d’un virage inéluctable de l’histoire politique du pays malgré nos incantations. Peut-être la forme et l’intensité restent à déterminer mais la vérité historique, l’expérience vécue dans d’autres cas nous prouvent à suffisance que depuis 1960 les régimes Ahidjo et Biya ont continué à poser les jalons d’une instabilité politique. Le seul travail abattu par ces deux régimes était celui de reporter les hostilités ou de les domestiquer provisoirement.

Boko Haram et autres manœuvres sont des éléments de la rupture totale  entre les caciques

Les attaques de Boko Haram et celles de l’Est témoignent déjà de la fracture ouverte née de l’impatience d’une élite politique brutale déterminée à évincer la hiérarchie en place. En effet les issues d’un changement constitutionnel étant cryptées et même bouchées, il lui apparait que le seul chemin reste l’éviction par les armes. Il était donc prévisible qu’on vive à  l’eschatologie du règne de Biya la montée en puissance de la belligérance et surtout que certains challengers partent perdants s’il faille adopter les procédés conventionnels, alors tous les moyens seront exploités pour prendre le pouvoir.

Epervier  marque le début de l’instabilité

La crise n’est pas née aujourd’hui, elle a commencé par l’officialisation de l’opération épervier qui est une grosse crise institutionnelle car elle a montré les failles d’un système politique qui n’arrivait plus à contenir ses pulsions cleptocratiques et aussi la déchéance de l’union sacrée qui semblait jusqu’ici animée des membres d’une secte politique qui a pour idéologie le maintien du pays dans la décrépitude. L’arrestation des barrons est une manifestation d’une crise politico institutionnelle qui débouche  aux évènements actuels qui se prolongeront encore.

L’opération épervier portait déjà les germes d’une crise qui ne s’arrêtera pas bientôt, la tribalisation de cette opération par les éperviables n’est pas loin des appels de la Lekié ou simplement de la sortie etnorégionaliste du président d’une assemblée nationale. Jusqu’au départ de Biya et bien plus les camerounais doivent s’attendre à de tels actes hasardeux et déplorables, c’est inévitable !

Les impatients passent déjà à l’offensive

Ladite opération une conséquence de la faiblesse d’un régime qui a tenté de se réajuster en fonction des conjonctures pour survivre, aujourd’hui les stratégies de réadaptation sont inopérantes, « l’homme de l’unanimité » est proche de la porte, ses instructions n’ont plus une grande portée car ses proches le conjuguent depuis quelques années au passé. Les motions de soutiens invitant le « Prince de l’unanimité » témoignent simplement de la peur du vide et ses conséquences dans la mesure où les « Impatients » ne sont pas encore sûrs de leur projet ou alors n’ont pas encore bien ficelés l’après Biya. Ces motions permettent justement aux uns et aux autres de gagner du temps pour mieux réviser les projets de succession, ceux qui se sentent déjà prêts ont déjà d’ailleurs lancé les hostilités.

Tentatives de mobilisation des patries secondaires

Nous sommes parti jusqu’à la fin du règne de Biya . Les brouilles actuelles n’ont qu’un seul objet : l’émasculation pouvoir central et dans ce type de projet comme tout ailleurs en Afrique il faut faire recours aux replis identitaires, la religion et l’ethnie seront de plus en plus mobilisées soit pour stigmatiser et disqualifier un belligérant, soit pour servir d’allié en cas de conjoncture critique.  Les intentions tribalistes des uns et des autres ne seront plus dissimulées pour longtemps, il est clair que malgré les slogans autour de l’unité nationale, les acteurs dans la guerre de succession sont plus que tribalistes et comptent déjà se servir des patries secondaires pour conquérir le trône.

L’unité nationale a été dérobée

L’unité nationale a échoué sous le Renouveau tout simplement parce qu’on a rendu cette réalité en un slogan de maintien au pouvoir, un maquillage qui finira un jour par faire découvrir la face pudique du Cameroun. L’intégration s’est plus focalisée dans le partage entre les apparatchiks, des ressources du pays en instaurant une formule bricolée de « l’élite ». Pour Biya, il faut juste nommer un fils du coin et faire développer la contrée or se sont plutôt les élites qui se sont servies des tribus et ethnies pour justifier leur présence dans le sérail.

 Cette politique qui devait éviter la marginalisation et désenclaver des zones dites abandonnées a plutôt crée un sentiment de suspicion entre groupes sociaux laissant croire qu’on a privilégié certaines ethnies, or c’est une élite fainéante qui a plutôt détournée tous les maigres projets  qui pouvaient développer les pays. Il y a ce sentiment que certains ont été favorisés et ce sentiment sera de plus en plus manipulé par ces mêmes élites afin de rompre toute chance de consensus autour du futur leader. Ce sont des manœuvres calculées qui ont été mises sur pied pour mobiliser ces ethnies le moment venu, sous prétexte qu’elles ont été stigmatisées par les ressortissants d’une autre ethnie qui aurait privatisé le pays. Ce sentiment frelaté persiste et sera d’une grande utilité pour les belligérants.

Boko Haram est sans doute l’un des logiciels déguisé mis sur pied par des forces alternatives impatientes d’attendre le verdict d’une succession pacifique. Avec le temps, les « impatients » naîtront chacun avec sa stratégie conventionnelle ou non mais avec un dénominateur commun, l’instabilité politique. Les attaques de l’Est et du Nord ne sont que des essaies injectés dans le champ quid à  ce que l’un réussisse et il y en aura encore jusqu’au départ de Biya voire après. Les « impatients » pensent que l’après Biya c’est le moment ou jamais de prendre le contrôle du pays, parce que ces dernier redoutent l’arrivée d’un leader qui pourrait se transformer en totem, en potentat et neutraliser à son tour le pays pendant plus de 30 ans.

Il y aura urgence d’un dialogue national pour chasser le spectre de l’instabilité

La crise des villes mortes a été un tournant manqué pour le Cameroun, car la conférence nationale souveraine aurait permis la rupture avec les pratiques monopolistiques et accorder à l’ordre gouvernement une véritable légitimité démocratique qui pouvait enrayer l’ombre des batailles non conventionnelles dans l’esprit des camerounais. Dommage jusqu’ici, on a que différé l’échéance.

Il est impossible pour le Cameroun de chasser le spectre de l’instabilité politique sans créer une rupture avec l’autoritarisme qui passe par une espèce de conférence nationale ou de commission vérité et réconciliation. Or ce type d’initiatives n’émergent qu’après de profonds troubles sociaux politiques, ce qui d’ailleurs inévitable pour le Cameroun car tôt ou tard, la décompression totale de l’ordre autoritaire régnant va s’imposer comme une urgence et cette décompression ne pourra pas se faire à la douceur, en effet personne ne voudra lâcher prise.

Les pensionnaires du RDPC au cœur des évènements

  Par ailleurs il est prouvé que les malheurs du Cameroun viennent et viendront du Dragon idéologique dénommé RDPC, les auteurs de l’instabilité du Cameroun se recrutent et se recruteront au sein de ce parti dont les membres ou anciens membres sont les seules favoris dans la guerre de succession car, ayant accumulé un capital économique, social et symbolique, ils sont les seuls à même de mener une telle bataille.

Début d’une guerre entre les factions du régimes

Alors nous allons nous acheminer progressivement vers la fracture ouverte entre les héritiers du régime qui se divisent en trois grands complexes : Les Biyaistes (ceux qui ne survivent que grâce à Biya), les Rdpcistes (des opportunistes qui tiennent leur survie de l’ordre établi) et les infiltrés (ce sont ceux qui préparent le départ de Biya depuis plus de 20 ans aujourd’hui, qui travaillent au jour le jour pour hériter du pouvoir par n’importe quel moyen).

Aristide Mono

 

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

3 commentaires

article pertinent qui fait le tour de la question sur le boko haram

vol paris douala

on a une heureuse baisse des attaques ces derniers moment pour vu que cela dure

vol paris douala

on espere que la relative paix pou le moment va durer

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.