Hausse du prix du carburant au Cameroun: les mesures d’atténuation maladroites et moqueuses d’un gouvernement essouflé

Le texte suicidaire annonçant aux camerounais l’augmentation des prix des hydrocarbures précisait un bataillon de mesures d’accompagnement afin d’amortir la colère du consommateur. Malheureusement ces dispositions sont inadéquates d’où les remous et la tension latente qui animent actuellement la population, poussant le gouvernement à multiplier d’avantage des incohérences.

Restée jusqu’ici dans des spéculations, la hausse des prix a été confirmée le 30 juin dernier : le carburant à la pompe coûte désormais 650 FCFA le litre, le gazole 600, la bouteille de gaz domestique de 12 kg 6500 soit 7000 chez les détaillants. L’Etat a promit en retour l’augmentation des salaires et du Smig, la réduction des taxes de stationnement et de l’impôt libératoire de 50%  et la réduction de l’essieu de 30%. Entre autre mesure la non augmentation du prix du litre de pétrole lampant.

Des mesures incohérentes

On se rappelle qu’en février 2008 les camerounais ont déporté leurs revendications vers des espaces subversifs à cause de cette même hausse des prix qui a fait naitre un plaidoyer un peu plus global à savoir les pogroms contre la vie. A côté des réponses répressives qui étaient conjoncturelles au vu de la menace qui pesait sur l’équilibre du pouvoir de Paul Biya, ce dernier promit la hausse des salaires de 15% et la baisse des prix de s produits de première nécessité. Aujourd’hui seule l’augmentation des salaires a été réelle, quand aux prix des denrées, la situation s’est empirée. Il y a donc eu un échec total des mesures gouvernementales pour répondre à l’exigence sociale. Ce qui parait curieux, c’est bel et bien l’obstination des pouvoirs publics à reprendre la même thérapie et le même mode d’emploi inefficaces en 2014 sans se rendre compte qu’il y a eu échec des mesures post émeutes de 2008.

Pourquoi ces mesures ont-elles échoué  ?

En effet, augmenter les salaires en situation de crise alimentaire comme c’était le cas en 2008 n’est pas une solution idoine, il fallait résoudre le problème en s’investissant davantage dans la production des ressources alimentaires (agriculture, pisciculture et autres). En 2014 c’est la même incohérence, la flambée des prix du litre de carburant dans un pays producteur de pétrole ne  saurait se résoudre par la hausse des salaires mais par une production plus accrue de cette mine afin de satisfaire la demande nationale. Or ce n’est pas le cas de  la SONARA mourante qui a démontré toutes ses limites car cette structure de peut pas raffiner la brut camerounais obligeant l’Etat à l’importation du fuel de mauvaise qualité. Il fallait tout simplement renforcer la capacité de ces structures à transformer le brut et alimenté les ménages. Nous nous retrouvons avec une posologie qui n’est pas celle de la maladie qu’on veut traiter. Augmenter les salaires n’accroit pas la production !

Des mesures insuffisantes

Peut être les salariés de la fonction publique camerounaise verrons de mauvais œil l’analyse précédente, alors admettons néanmoins que l’augmentation des salaires atténue l’impact de la hausse des prix des hydrocarbures mais disons que ses mesures sont insuffisantes. « L’effort » du gouvernement est très rachitique. Les économies de près de 200 milliards par an que fera le gouvernement suite à la réduction des subventions des prix du carburant permettait au gouvernement de faire mieux. Par exemple supprimer totalement les taxes cités plus haut, aller  plus loin jusqu’apporter des réponses sociales plus salutaire en l’occurrence la gratuité effective de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, de même que l’accès gratuit aux soins de santé pour des cas de maladies primaires. Il fallait alléger d’avantage les charges qui pèsent sur des familles déjà à bout de souffle.

Une réponse qui vise la mauvaise cible

Une insuffisance de la mesure gouvernement dans l’atténuation de la hausse des prix est la cible. Les mesures d’accompagnement font des fonctionnaires les principaux bénéficiaires et également les acteurs du secteur des transports. Alors la proportion de la population soutenue dans la hausse est très marginale, par exemple la fonction publique camerounaise compte moins de 264 000 agents (sur les 22 millions d’âmes qu’héberge le pays) qui consomme à l’Etat près de 12 milliards de FCFA chaque mois. Les plus de 21 millions de camerounais sont abandonné à eux même pour supporter seuls cette hausse des prix. Il fallait un soutient global d’où la disqualification de l’augmentation de salaire comme réponse à la vie chère. Les « en bas d’en bas » ne sont pas concerné par les mesures d’accompagnement, ils ne pourront que subir la hausse des tarifs de transport et les prix à la pompe sans oublier la montée vertigineuse du prix du gaz domestique.

 Une démarche bancale

Les syndicats crient aux aboies de n’avoir pas été préalablement associés à la prise de décision, le décret a été pris unilatéralement par le gouvernement qui les a mis devant les faits accomplis. Les concertations n’ont été initié que lorsque le régime commence à redouter une implosion sociale d’où la multiplication de rencontre de tous ordres avec des syndicats fantômes. Au-delà de cette unilatéralité dans le processus décisionnel, il faut dire que l’application du texte est disproportionnée, car la hausse a pris un effet immédiat or les mesures d’accompagnement somnole dans la progressivité légendaire du règne Biya c’est-à-dire un futur éternitaire. Pour faire simple, le chariot a été mis avant les bœufs : Augmenter les prix avant de donner les moyens de supporter le coût.

Revalorisation des salaires : une autre feinte de Biya

La revalorisation du salaire supposée être l’une des mesures importantes devant permettre, selon le gouvernement, aux camerounais de supporter la hausse du prix du carburant a sonné comme une autre fourberie du régime du renouveau. Alors que les négociations sont encore en cour, l’ordonnance de monsieur Biya vient de démontrer le mépris d’une autorité envers sa population. L’augmentation insignifiante de 5 %  des salaires de base pour des individus qui touchent déjà moins de 28 000 FCFA (45 euros) est un amusement dans la mesure ou l’ajout de 1400 fcfa chaque fin du mois ne saurait aider un fonctionnaire à supporter ne serait-ce que les 100 fcfa  (2000/mois) qui se sont ajoutés sur les 200 fcfa de tarif  de taxi dans les centres urbains.  A vrai dire cette soit disante revalorisation ne peut que profiter d’avantage aux prévaricateurs qui bénéficient déjà d’un traitement mensuel princier.

Le gouvernement de plus en plus vers l’activation d’une crise sociale

L’augmentation du prix des carburants vient sonner comme une autre défiance du gouvernement vis-à-vis du peuple après l’interdiction des plastiques et la mafia qui a débouché à l’humiliation du Cameroun au mondial. En plus de l’insécurité qui sévit à l’Est avec des incursions répétées de la Séléka et les anti-Balaka sans oubliés la guerre ouverte contre Boko Haram au Nord, le gouvernement semble être sur la voie de l’ouverture d’un nouveau front. Tout donne l’impression que l’implosion semble inéluctable dans le temps.

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

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