De quel patriotisme parle t-on?

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      Le scandale de primes des lions indomptables qui a terni l’image du Cameroun remet au goût du jour la problématique du patriotisme. Un terme qui ma foi semble souffrir d’une instrumentalisation et d’un abus de la part des élites politiques. La côte d’ivoire nous a donné en son temps l’exemple type de cette vaste escroquerie mentale.

La revendication des primes de match par les joueurs de l’équipe nationale du Cameroun causant le report du voyage vers le brésil divise l’opinion. D’un côté ceux qui pensent que ces derniers manquent d’amour pour la patrie en faisant primer leurs intérêts personnels sur l’honneur national. De l’autre ceux qui estiment que se sont plutôt les dirigeants du football qui sont anti patriotes. Dans le cas d’espèce je souscris à la deuxième hypothèse.

Un problème qui se répète

Depuis le mondial 1982 les débats sur la prime de participation restent le principal adversaire des lions indomptables. Les dirigeants qui se sont succédés à la tête du football ont pérennisé la prévarication des efforts des sportifs, qu’il s’agisse de la fédération nationale ou du ministère en charge du sport. Le cas le plus patent est le scénario de 1994 où à la suite d’une opération coup de cœur (quête nationale pour soutenir financièrement l’équipe nationale) le ministre Kontchou a offert une autre destination à l’argent collecté par les pauvres camerounais. Il s’en est moqué d’ailleurs en ironisant que l’argent s’était perdu entre Paris et Washington. En 2002, les Lions ont refusé de décoller pour le japon pour ce même problème de primes non payées. En 2010 en Afrique du sud le résultat de zéro point engranger était la conséquence de toutes ces querelles extra sportives.

Pourquoi l’histoire se répète telle?

Les auteurs de la fraude ont toujours eu recours aux discours abusif sur le patriotisme. C’est un système d’adoubement qui pousse à la résignation des ayants droits en stérilisant toute dissidence. Les rites, j’allais dire les liturgies comme celles de la cérémonie des aux revoir mieux de bénédiction de l’équipe par le peuple ont toujours constitué l’un des instruments d’inhibition des joueurs et du peuple camerounais. Il s’agit de faire du football une affaire purement patriotique tout en minorant l’aspect pécuniaire. Heureusement cette fois-ci le drapeau a été remis à un allemand après le refus du capitaine camerounais.

Des mécanismes sont toujours mis en branle par les gestionnaires ou simplement les gérants du football pour mettre les joueurs face à leur soit disant responsabilité. Le refus de jouer étant considérer comme un acte anti patriotique. Depuis plus de trente années les camerounais, supporters des lions indomptables tombent également dans le même piège des fameux appels au patriotisme (union sacré autour de nos lions). Et pourtant pour les esprits éclairés cette démarche fait partir d’un dispositif de vol mis sur pied par ces dirigeants  pour feinter l’opinion.

Une mafia au nom du patriotisme

Généralement l’attention du public est détournée vers le jeu et la passion tandis que les prédateurs en charge du sport restent attentifs aux enjeux purement financiers. Ces derniers manœuvrent à volonté la dîme du contribuable et la sueur des lions indomptables sans compter les contrats souterrains avec des sponsors. Les institutions sportives nationales en générale et le football en particulier sont de pure vache à lait ou viennent se sucrer tous les aventuriers et les hommes politiques cupide. La fédération camerounaise de football est une poche de sang qui suscite l’appétit des vautours du pays.

La mobilisation du patriotisme comme armes des prévaricateurs

La manipulation de la sensibilité du peuple est un instrument de domination que les élites africaines utilisent pour le rouler. Au Cameroun par exemple, la culture de la résignation règne en grand maître, on a fait intérioriser aux citoyens que la dissidence ou la révolte était subversive, la simple marche de protestation est une menace à la paix. Une stratégie qui concoure à la pérennisation d’un ordre politique non productif et contre productif. Comme la paix, le patriotisme souffre également de cette instrumentalisation abusive. Souhaiter par exemple que les Lions perdent un match dont la préparation a été bâclé, c’est être antipatriote or l’objectif dans la démarche est celui de tirer les leçons de l’échec et de dire non à l’improvisation.

Il y a derrière cette manipulation l’aveuglement d’un peuple. La responsabilité de l’image sombre du pays est imputée à ceux qui dénoncent haut et fort l’imposture et non aux imposteurs. Ceux qui noircissent le drapeau national, c’est ceux là, comme Samuel Eto’o qui crèvent l’abcès en posant une revendication collective légitime. Les prébendiers veulent faire croire à l’opinion que ceux qui refuse d’être réduit au silence sont des manipulés anti patriote et donc « ennemi  de la nation ».

Doit-on être complice au nom du patriotisme ?

C’est au leader africain, oligarques, qui ont confisqué le pouvoir de polir l’image du continent. Un peuple sevrer de toute ressource, affaiblit, ne peut optimiser le regard qu’on porte sur le continent. Que ceux qui contrôlent les moyens le fassent. La manipulation est souvent plus accentuée lorsque les leaders africains sont épinglés par les institutions internationales ou alors font l’objet de nombreuses critiques venant de l’extérieur. Dans ce cas au lieu que ces élites se remettent en cause et résolvent le cas querellé, ils mobilisent le peuple et le dresse contre la communauté internationale sous prétexte que c’est une manœuvre de déstabilisation. Une fois de plus le patriotisme est abusé à  des fins inavouées.

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

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