Musique camerounaise: la déviance se porte bien

La production musicale locale offre une gamme variée de thématiques dont la plupart aujourd’hui tourne  autour du sexe.  Il ne s’agit pas seulement des textes mais également, les clips vidéo et les chorégraphies. On est proche de la pornographie, malheureusement consommée d’une manière passive par les mineurs sous le regard complice de l’Etat régulateur. Le  Bikutsi, rythme traditionnel de la région du centre-Cameroun tient le flambeau de cette nouvelle donne musicale centrée sur le bas-ventre.

Le Bikutsi dans sa définition littérale signifie « tapons la terre », une espèce de communication avec les ancêtres. Parler du Bikutsi, c’est parler des Bétis. Rythme originellement traditionnel, il connait comme d’autres genres musicaux certes des mutations, mais toutes ces dernières décennies on assiste à une dénaturation poussée. Il ne s’agit plus de célébrer les spécificités d’un peuple bantou mais plutôt la béatification du fantasme libidinal, mieux la sanctification du sexe et des rapports sexuels à travers le Bikutsi.

Le contenu lyrical des artistes les plus en vue traite des sujets qui vont rarement au dessus de la ceinture. Certains musiciens essayent de coder le message afin de le catégoriser mais d’autres manquent totalement de pudeur. Les organes génitaux sont prononcer d’une manière crue d’autres racontent tout au long de leurs versets musicaux et d’une façon détaillée tous ce qu’elles ressentent pendants des rapports sexuels jusqu’à a en demander davantage. On constate que les artistes féminins sont les plus dans la promotion de la concupiscence, cependant les hommes sont aussi adeptes de cette musique qualifié par des hommes d’église locaux de Sodome et Gomorrhe.

L’extraversion vers la pornographie ne s’arrête pas seulement sur des thématiques et des lyrics, elle se traduit également dans la danse. Originellement le Bikutsi se danse avec tous le corps, il faut le secouer à fond afin d’impacter la terre et atteindre les ancêtres. Lors des cérémonies les hommes comme les femmes ayant des jupes en pailles font vibrer leurs pieds en les tapant fort contre la terre, le dos dans sa jonction avec les reins est mis en mouvement intense, les épaules subissent une espèce de tremblement. Voilà en fait le contenu originel et original de la danse Bikutsi. Aujourd’hui, tout tourne autour du fessier qu’on met en transe on dirait une séance de striptease.

Les clips vidéo témoignent alors du tournant purement luxurieux qu’a pris cette danse traditionnelle Béti. Déjà les gémissements identiques à ceux des films pornos sont de plus en plus perceptibles dans les chansons. Les parties sensibles des artistes féminins sont exposées à la limite des extrêmes. Jusqu’ici les stars américaines tenaient le flambeau, de nos jours elles sont de plus en plus concurrencées par les africaines. On a à faire aux vraies stripteaseuses. K-Tino n’hésite pas à reproduire sur scène les séquences de l’acte sexuel presqu’à demi-nu. Les acteurs dans les clips se livrent à une sensualité débordante au point où aucune partie de leur corps n’est plus un tabou. Les accoutrements n’ont plus rien de traditionnelle,  les artistes trouve aucun inconvénient à exposé une partie de son string. Est-ce la promotion d’une culture chère au peuple bantou ou la promotion des fantasmes sexuels ?

Ces musiques, curieusement bénéficient d’une large diffusion même sur les médias d’Etat. C’est le cas de la CRTV dans ses émissions « Clip Box », «Podium Star »  ou encore « Délire » où les mineurs viennent se mettre dans la peau de ces icones du striptease. En fin d’année, lors des musiques-Awards, les artistes du sexe arrachent presque toutes les distinctions et trophées. Leurs supports audio et vidéo, souvent piratés sont vendus à la sauvette sous le regard silencieux des forces de maintien de l’ordre sensées combattre la contrefaçon. Les revendeurs font du porte à porte, une espèce de livraison à domicile de la pornographie.  Dans leur élan de nuisance sonore les DJ ne sont pas à la traine, même en face des hôpitaux, des écoles et des églises, la diffusion des chansons déviantes est non stop.

La production et la diffusion des œuvres célébrant les rapports sexuels sont suffisamment nocives dans la mesure où elles ne sont soumises à aucune réglementation.   En d’autres termes malgré leur caractère grossier, rien n’est fait pour mettre les âmes sensibles à l’abri.  Il n’est pas rare de rencontrer les enfants de 6 ans chanter « j’ai envie de… » ; « Zout (les partis génitaux) c’est pour toi bébé » ; « A kap zout, c’est terminé » c’est-à-dire la distribution des fesses, c’est terminé) ; bref un tas de grossièreté qu’on ne peut évoquer ici au risque de faire nous même le marketing de ces énormités. Le Bikutsi, musique traditionnelle béti, est devenue très pervers, conséquence la sexualité se consomme de plus en plus très tôt, les mineurs des écoles primaires se livrent inconsciemment à ce « jeu ». Il y a de cela quelques mois le lycée classique de Bafoussam a été le théâtre d’un scandale de mœurs, plus de 40 élèves du premier cycle ont été exclus pour pornographie et drogue.

L’attitude des pouvoirs publics c’est-à-dire de l’Etat prouve que ce dernier reste complice. La gesticulation autour de la lutte contre les habillements indécents, face à la déviance musicale, manquait en fait de pertinence. En effet les obscénités racontées dans les chansons sont l’une des causes fondamentales de la dérive sexuelle au Cameroun. Il me semble que les autorités s’imposent une myopie lorsqu’il s’agit de véritables maux qui minent la société. Et si l’Etat failli on s’attend à ce que des corporations régulent elles-mêmes leurs activités. L’Asocam ou la CMC se cantonnent dans les batailles de leadership et le partage du butin laissant éclore anarchiquement les productions peu recommandables.

Les oreilles n’ayant pas comme les yeux la possibilité de se fermer, il est difficile d’échapper à la consommation passive des chefs d’œuvres libidinaux.  Il se pose une double problématique, celle de l’extraversion, de la perversion et de la disparition d’un patrimoine culturel camerounais et également celle de l’éthique (la moralité). Le Bikutsi est victime d’une certaine instrumentalisation, vidé de son substrat, de son âme de telle sorte qu’on a l’impression que c’est une musique urbaine qui peut tout tolérer. C’est peut être une interpellation à l’endroit de l’Unesco pour cette culture en péril. De ce qui est de l’éthique, certes les artistes musiciens ne sont pas les seuls gardiens du temple, mais l’audience plus large de la musique impose quand même un plus de retenu.

Les Tara (ancêtres en langue béti) peuvent-ils encore reconnaitre leur Bikutsi ?

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

5 commentaires

Hymne à la débauche. L’esthétique de la grivoiserie et de la vulgarité à consommer avec appétit. Quel dommage. Ton analyse paraît très acide. Mais, on ne peut mieux faire. D’ailleurs, aux grands maux, grands remèdes. Merci pour le billet.

go ahead c’est un article qui narre avec beaucoup d intellection les tares et les retards d’une société qui va dans tous les sens,un pays comme ça qui rentre dans le nouveau monde globale de la consommation libidinale sans définir les contours de cette consommation qui la consume. Le Cameroun c’est le Cameroun.

monesson therese

la situation artistique camerounaise est vraiment déplorable à l’heure actuelle, l’on a plus un grand intérêt à écouter des sonorites musicales du mboa ,car tout tourne désormais entre le bas ventre et l’entre jambe. encore plus désolant le fait que les femmes soient en majorité vectrice de cette déviance. wèèèè cameroun, quelle image!

monesson therese

dans un pays où on peine à avoir de l’eau courante dans les robinets, où le retour de l’énergie éléctrique après un délestage intempestif et prolongé laisse entendre des cris de joie, une république où les fléaux sociaux ne cessent de gagner du terrain et tendent même à axphysier ses habitants; ce pays si riche, cepandant si pauvre, on se demande bien si ce sont les thèmes qui manquent. Finalement, ceux d’en face qui peuvent déjà se permettre de tels écarts du fait qu’ils ont atteint un certain niveau de vie gardent davantage la tête sur les épaules.triste tableau, les tout petits sont friands de ces sonorités et on peut les entendre les mimer à longueur de journée. grâce au laisser aller qu’on observe de la part des pouvoirs publics,il devient de plus en plus difficile de protéger sa progéniture de ce terrorisme des moeurs.

Sauvons ce qui peut être sauvé!

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.