Lorsqu’on est bloggueur activiste dans un Etat-policier… Une réponse aux amis lecteurs

Très difficile d’animer une page de courant épistémologique holiste, de courant idéologique révolutionnaire progressiste, une ligne éditoriale politique anti-régime dans un Etat qui connait une longue expérience autocratique et où un habitus de peur déguisé en paix a été institué. Très difficile d’animé une page qui démontre que le pays se résume à un seul personnage qui cumule plus de 32 ans de pouvoir. Très compliqué d’assumer ses écrits dans un tel environnement où prononcer le nom du président où d’un ministre sans mettre « EXCELENCE » est un acte subversif.

Mes analyses peuvent paraitre hyperbolique, ce qui est d’ailleurs relativement vrai, mais elles ne se détournent guère du locutoire, du perlocutoire et de l’illocutoire, c’est un combat social avec pour cible l’homme politique africain.

Je commencerai par répondre à une préoccupation des amis lecteurs qui me demandent pourquoi je politise tout dans mon blog ?

Alors comme je l’ai précisé plus haut, je suis de courant holiste c’est-à-dire que la société conditionne le comportement des individus et que dans un Etat les citoyens ne sont que le reflet de ce que la classe dirigeante a voulu qu’ils deviennent. Nul ne peut désormais douté que le principal responsable de la décrépitude de l’Afrique n’est rien d’autre que son élite gouvernante qui élabore des politiques publiques anthropophagiques. Je marque une emphase sur les hommes politiques justement parce qu’en Afrique tout est politique, l’Etat-Président fait du souverain un potentat qui détermine toute l’activité sociétale, alors si une victoire des lions indomptables est considérer comme une prouesse du souverain pourquoi le ménager lorsqu’il faudra plus tard déterminer les responsables de la défaite.

Les amis aux profils académiques  différents essayent de justifier les contres performances de nos Etats du quart-monde par la déchéance économique, environnementale, culturelle, morale,  et bien d’autres. Mais, tous en reconnaissant cette autre façon de traiter le problème africain, je pense qu’en Afrique c’est le politique qui organise tout ces secteurs à sa guise, alors tout est politique et le politique est coupable.

En outre mon travail relève de la politisation des masses, il faut apprendre aux africains à désacraliser les hommes fut-il héros, l’homme ne saurait se substitué à Dieu fut-il président fondateur. Alors un blog comme Akuk People comme son nom l’indique est très amer envers Biya, il cherche à édulcorer le tapage médiatique sur le vernissage d’un régime prédateur et prévaricateur qui tue toute une jeunesse. Il faut apporter un discours alternatifs très dur puisque les médias d’Etat qui violente symboliquement plus de 18 millions de camerounais sont les seuls à émettre dans toute l’étendu du territoire le reste de radio et télé se limitant dans les 10km2 de leur sièges.

Il est vrai qu’un blog ne peut pas désamorcer une telle technologie de sacralisation du chef de l’Etat et de son parti, mais la satisfaction d’un révolutionnaire n’est pas de gagner le combat mais d’y avoir participé.

Quelles peuvent être les conséquences d’une telle entreprise à travers un blog.

D’abord notons l’hypothèque du bloggeur sur sa propre survie. Au-delà de l’insécurité de sa personne il y a la compromission de toutes ses chances d’émerger au sein d’un système qu’il dénonce virulemment, et s’il n’a aucune base sociale, aucun soutient, il est probable que le système l’écrase, qu’il aille se faire voir avec ses trophées académiques et compétences ailleurs, vous courez le risque d’être éternel chômeur. Il y a un risque de voir sa vie étouffer à l’heure où elle devrait décoller.

Il est difficile d’évaluer le nombre de visiteurs dans ce style de Blog. Je suis parfois surpris de savoir qu’il y a des abonnés lecteurs plus que je ne m’en doutais, curieusement il ne poste aucun commentaire !!! Ceci est à priori étonnant que ces lecteurs parfois, mes amis, préfèrent des commentaires hors du blog. Mais lorsqu’on rentre dans la socialisation politique des camerounais, on se rend compte que le projet de zombification a connu une réussite. « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain », aussi « Tu ne prononceras pas en mal le nom du président en public », telle est la maxime.

En plus de la peur qu’ils ont pour leurs carrières, il y a des amis qui s’inquiètent de mon sort et ne tarde pas à me prodiguer des conseils afin de diluer mon ton et de ne pas m’exposé autant.

Cependant, issue et victime de la frustration j’assume mes convictions, d’ailleurs plusieurs membres de la société civile et partis politiques n’hésite pas d’encourager le blog même s’il y a généralement derrière ces félicitations des tentatives de manipulations et autres yeux doux pour adhérer à leur partis. A ceux là je dis merci mais mes convictions ne cherchent pas preneurs.

C’est très difficile ! Difficile d’avoir accès aux sources d’informations et couvrir des évènements politiques car ma tête inspire déjà la critique c’est pourquoi je préfère des analyses que la restitution des faits. J’inspire la méfiance sous le prétexte que je détiendrai un projet politique souterrain soutenu par une main invisible. Ceci relève également de la construction de l’incapacité de la jeunesse à produire d’une manière autonome une lecture politique. Alors pour mes lecteurs, en guise de mise au point, je suis pour le moment un non partisans qui ne pactise ou tout simplement n’est réactionnaire d’une quelconque ambition politique malsaine d’un leader politique.

C’est très difficile mais l’essentiel c’est de galvaniser la jeunesse africaine qu’elle peut assumer ses responsabilités même politiques sans se faire corrompre.

C’est très difficile !

 

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

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