Condamnés par la justice camerounaise, le président les a laissé s’échapper!

Depuis la signature du décret portant remise et commutation de peines du 18 février dernier, les vannes ont été ouvertes aux prisonniers écroués par la justice pour vol aggravé des deniers publics. Cette semaine 22 ont été libérés à Ebolowa, 11 à Nkongsamba, 116 à Douala, sans compter la vague des fugitifs par centaines des semaines précédentes et ceux qui attendent les derniers réglages. Une bonne partie des voleurs de la nation est dehors !

Le citoyen moyen certes, apprécie l’ « humanisme »Remaniement du président de la république, seulement que restera t-il de l’opération épervier dont certains pensaient que sa mission était de faire rentrer les camerounais dans leurs droits et de punir les bandits ?

Les journalistes ont de quoi étoffer leur actualité, les conférences de presse et interviews des ex-détenus sont au menu, les bandits d’hier sont désormais des stars médiatiques. Michel Thierry Atangana ne compte plus ces interventions dans les chaines françaises, son coaccusé Edzoa Titus excelle dans l’astrologie en proclamant qu’il est au dessus de l’épervier dont un « phénix », il estime que ses adversaires sont fort et lui, un « puissant ». Autant de show et de gesticulation même de la part des avocats qu’au finish on se demande : que gagne le camerounais dans ce décret ?

En fait, rien !

Tenez, Michel Thierry Atangana et Edzoa Titus avaient été condamnés pour détournement de 1,1 milliard de FCFA (1,6 million d’euros), aujourd’hui ils sont dehors, le citoyen n’a aucune trace d’une éventuelle réparation. Au contraire l’un de ces deux malfrats reconnus comme tels par la justice réclament plus de 338 milliards à l’Etat c’est-à-dire aux camerounais.

Ceux qui avaient volé et qui sont encore en prison ont vu leurs espoirs augmenter rapidement. Ils se disent dans leurs cellules que « si les plus gros poissons ont été libérés pourquoi pas nous ? ». De l’autre coté les fonctionnaires gestionnaires de la fortune publique pensent qu’ils peuvent à leur tour voler sans courir le risque d’être sommés de rembourser ou de moisir en prison. Bienvenue dans le boulevard des voleurs, la république des prévaricateurs !

Ceci dénote de la politisation des affaires publiques, il n’y a pas une réelle frontière entre la justice et les enjeux politiques dans la lutte contre la corruption. Une idée qui se propage depuis longtemps dans l’opinion et qui vient d’être confortée par le décret Michel Thierry Atangana (grâce présidentielle). N’a-t-on pas vu la prisonnière ex-ministre Haman Adama aussitôt libérée aussitôt dépêchée en renfort battre campagne au compte du parti au pouvoir en péril au Nord.

Les camerounais avec la libération du français et son candidat ont compris que cette affaire d’Epervier n’avait rien de poursuite judiciaire mais de poursuite politique, surtout lorsqu’on sait que les pressions de l’ONU et de la France se sont abattues sur la souveraineté du pontificat de Yaoundé car, selon ses instigateurs étrangers, il s’agissait dans le cas d’espèce des prisonniers politiques.

Le champ est désormais ouvert à tous les lobbies de réclamer la sortie de tel ou telle prisonnier. Les ambassades et consulats s’activent pour soutenir leurs plénipotentiaires en prison. Dans ce capharnaüm tous les prisonniers sont devenus prisonniers politiques même ceux condamnés pour mutilation génitale et autres. Alors le camerounais continue à se poser cette question : Qui pille alors l’argent de ce pays puisque les coupables présentés jusqu’ici se sont avérés prisonnier politique ?

Drôle de pays !

On sait déjà par exemple qu’on peut être directeur de campagne d’un camerounais mais lorsqu’on n’est condamné on réclame son appartenance à la France. On sait aussi par exemple que le président Biya est un poltron puisque cette grâce a été taillée à la mesure de Michel Thierry Atangana et que les autres ont été libérés collatéralement, d’où le nom : « Décret Michel Thierry Atangana », confirmé par la déclaration de Dominique Tricaud, l’un de ses avocats qui déclarait qu’ « il y a tout un habillage autour de ce décret, mais c’est bien Atangana que l’on libère à travers ce texte ».

Les milliards escroqués ou détournés ne sont pas remboursés, les ex-détenus rejoignent leurs places au coté de leurs bourreaux (retour dans le parti au pouvoir), les autres portent la casquette de messie du peuple. Seulement où est l’argent volé se demande avec insistance le citoyen lambda ?

Par ailleurs cette grâce présidentielle démontre à suffisant l’obstination du monarque républicain de yaoundé à mourir au pouvoir puisqu’il s’est refait une légitimité internationale afin d’assurer également un bon séjour chez Obama jusqu’à violer la loi. En effet l’article 8 alinéa 7 de la constitution stipule que le président «exerce le droit de grâce après avis du conseil supérieur de la magistrature » dont il est le président. Alors, sauf s’il avait demandé cet avis nuitamment, officiellement aucune information y afférente n’a été communiquée.

En tout cas cela importe peu, l’interrogation qui persiste toujours c’est : Qu’a-t-on fait des colosses sommes que ses prisonniers devaient au peuple camerounais ?

 

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

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