Les camerounais honorent à peine leurs martyrs!

Durant toute la célébration du cinquantenaire de la réunification à Buea, deux personnages étaient à la une, leurs photographies en grand format étaient exposées au mètre carré. Il s’agit de Paul et Chantale Pulchérie Biya. C’était eux désormais les deux héros de la réunification de 1961 ; une tentative de falsification de l’histoire ! Où sont alors passés nos héros martyrs ? Cette remarque nous donne l’occasion de s’interroger en cette fin du mois de février de ce qu’on a fais des martyrs de Février 2008.

Bref rappel historique

Le 25 février 2008 14 syndicats de transports urbain et inter urbain rentrent en grève pour contester le prix du carburant qui venait de passer à 600 F CEFA le litre, ce qui à cout sûr allait entrainer la hausse des tarifs routiers. Le bras de fer ainsi lancé sera récupéré par d’autres catégories sociales dont les jeunes qui vont transformer les griefs des transporteurs à une cause plus globale donc celle de la vie chère. Bénéficiant d’un environnement d’hostilité à la modification de la constitution par Biya pour se représenter éternellement aux élections, les émeutes de la fin vont embraser toutes les dix régions. Certaines radios et télévisons sont fermées, le président de la république ne passe pas par quatre chemins pour déployer la machine répressive, il y a toute une confusion entre sécurité nationale et défense nationale. Il déclare : « Force est à la loi, et tous les moyens seront utilisés». Le bataillon d’intervention rapide, unité de commandos spécialisés dans la tuerie, va implémenter ce discours violent, Bilan plus de 1500 arrestations et cent morts selon La maison des droits de l’homme du Cameroun. Voilà des jeunes qui ne demandaient rien d’autre que l’accès au pain quotidien qui ont été fauchés, des jeunes qui ont donné leur sang pour arracher au régime de Yaoundé l’augmentation les salaires des fonctionnaires de 15% avec des indemnités de logement de l’ordre de 20%.

Ces fonctionnaires ont-ils le simple réflexe de penser à ces jeunes ? Qu’est-ce que la nation a fait d’eux pour honorer leur mémoire durant ce mois de février marqué au Cameroun par la fête de la jeunesse ?

Réflexion

Cette ingratitude envers les héros de la nation n’est rien d’autre qu’une tentative des différents pouvoirs post coloniaux d’effacer la mémoire collective à travers une violence symbolique. Par exemple les livres d’histoires au programme dans les écoles n’hésitent pas apprendre aux jeunes que les nationaliste de l’UPC, les vrais martyrs de l’indépendance, n’étaient que des maquisards. Un qualificatif très péjoratif qui n’a qu’un seul but détruire les vestiges afin de faire du leader du moment le héros national. On nous a fais chanter à l’école primaire cette louange « Paul Biya, le père de la nation… », or il nous semble que le concept de père de la nation en Afrique renvoi au premier président qui n’est qu’Ahidjo dans le cas camerounais. Il s’agit de dissimuler toutes les traces des héros, après 1982, toute une technologie à été mis sur pied pour effacer par exemple le nom Ahidjo, heureusement que l’histoire est têtue. Le stade Amadou Ahidjo est devenu tout simplement stade omnisport.

Lors du discours de Paul Biya à Buea les noms des principaux acteurs de la réunification Foncha et Ahidjo n’ont été émargés nulle part, se plaisant de faire le récit de ses exploits. Pire, leurs veuves encore vivantes sont restée inaperçues à ce cinquantenaire.

En fait en-dehors de quelques initiatives timides portées par certains acteurs de la société civile, la commémoration des martyrs ou simplement des héros nationaux n’est pas une actualité au Cameroun. On assiste au contraire à une falsification de l’histoire nous amenant à constater que cette dernière est rédiger en crayon ordinaire donc gommable alors chaque homme politique une fois au pouvoir s’accapare tous les exploits de ses prédécesseurs. In fine, on peut malheureusement se réjouir que chacun de ces faussaires de la mémoire collective ont cette malchance de subir à leur tour la profanation de leurs figures.

Avant-hier c’était Um Nyobe qui a été traité de maquisard par Ahidjo, hier c’était également la sépulture de Félix Moumier qui était saccagé et profané au Tchad, aujourd’hui c’est la dépouille du président Ahidjo qui est actuellement en exil au Sénégal, et demain à qui le tour ? Wait and see !

Une pensée pour un héros qui vient de rendre l’âme, un proche, un grand homme politique, un écrivain, docteur Charles Ateba Eyéné décédé le 21 février 2014 à l’âge de 43 ans. Une pensée également aux jeunes « exécutés » 2008 parmi lesquels mon ami Wilfried.

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

1 commentaire

monesson therese

les faits son têtus,si les camerounais sont indifférents à leur passé commun, celui-ci finira quand même par les rattrapper. on peut cacher la vérité pendant un moment mais on ne peut le faire indéfiniment.

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