Cinquantenaire de la réunification des Cameroun anglophone et francophone: Vers 1961…

 Contrairement à de nombreux pays  Africains, le Cameroun n’a pas officiellement été la colonie d’une puissance occidentale. Dans les années 1860-1870, Français et Allemands commencent à s’intéresser à ce pays. Pour cela le gouvernement allemand envoi Gustav Nachtigal négocier la mise sous tutelle allemande du Cameroun avec les chefs Dualas. Deux traités en ce sens sont signés avec des chefs de l’estuaire du Wouri appelée « Cameroon River », ce sont les traités germano-Douala.

Le premier datant du 12 juillet 1884 marque la naissance internationale du Kamerun comme entité politique moderne. Cependant avec la deuxième Guerre mondiale et la défaite allemande, la Société des Nations (SDN) et l’ONU son successeur (après l’échec de la SDN) va changer le statut du Kamerun qui, de protectorat, est placé sous tutelle de la France et de la Grande Bretagne. Le 04 février 1916 ces derniers se partagent le territoire camerounais, alors que la France s’arroge les 4/5e du territoire, l’Angleterre se contente des 1/5e .
La France va contribuer au développement politique et économique du futur Cameroun avec par exemple la création des assemblées électives. L’assemblée Représentative du Cameroun (ARCAM) en 1946 deviendra Assemblée Territoriale du Cameroun (ATCAM) en 1952 avec des pouvoirs plus étendus.  Mais tous ceci paraitra insuffisant aux yeux des nationalistes qui vont engager une résistance à l’occupation française en revendiquant une indépendance immédiate et sans condition. Dans cette lutte acharnée l’Union des Populations du Cameroun(UPC) de Ruben Um Nyobe est frappée d’interdiction pour trouble à l’ordre public et association avec le communisme. L’UPC prend alors la clandestinité  et Um Nyobe est tué au cours d’un combat. Le Cameroun oriental deviendra enfin indépendant le 1er janvier 1960.

Par ailleurs, la partie du territoire dévolue aux anglais par le partage de 1916 est devenue le Cameroun britannique (Cameroun occidental), que les anglais divisent en deux parties à savoir le Northen Cameroons rattaché au Nigéria septentrional un rattachement qui sera lors du plébiscite du 11 février 1961, et le Southen Cameroons qui, intégré au Nigéria oriental, se prononcera lors dudit plébiscite pour son rattachement au Cameroun oriental.

 

En effet, jusqu’en 1949, la capitale du Southen Cameroon se trouve à Lagos, puis transférée à Buea. A partir de cette date il est placé sous l’autorité d’un résident qui rendait lui-même compte au lieutenant gouverneur des provinces orientales du Nigéria. Entre 1916 et 1945,  le Southern Cameroon est divisé en quatre unités administratives (Victoria, Bamenda, Mamfe, Kumba) ayant chacune à sa tête un district officer. Les anglais y pratiquent l’indirect rule basé sur la dévolution d’une part de l’administration aux native-autorities sous la supervision des anglais qui consacreront plutôt l’essentiel de leurs efforts au commerce, à l’exploitation des ressources économiques et la soumission des populations à la législation britannique.

 

Alors que les Paramount chiefs à Buéa, de victoria et des Fons à Bali, Bafut, Kom, Bum, Nso et Bangwa dans la politique administrative d’indirect rule ne vont rien faire pour le développement local, les anglais seront accusés de laxisme pour avoir abandonné la colonie aux soins des autorités indigènes et se préoccuper que de l’extraction des richesses. Ceci poussera les camerounais méridionaux à créer des groupes et mouvements de pressions dont le premier est la camerounoons youth league (CYL) née le 27 mars 1940. Essentiellement composé d’élèves, elle a un objectif principal, demander aux anglais une réparation des torts causée sur les plans politique, économique, éducatif, infrastructurel, et bien d’autre.

 

Dans la même foulée, l’on assiste à la création du tout premier parti politique à savoir le Cameroons National Fédération (CNF) du docteur Emmanuel Endeley , qui revendiquait l’érection du Southern Cameroon en région autonome distincte de la fédération nigériane et sa réunification avec le Cameroun francophone. Malheureusement le parti éclate suite aux divergences entres les acteurs, donnant naissance au Kameroon United  National Congress (KUNC) dirigé par N.N MBILE et R.K DIBONGUE. La réunification du Cameroun sera son mot d’ordre et il bénéficiera de l’appuie de l’union des populations du Cameroun (UPC).

 

En 1953, la réconciliation entre ENDELEY et les autres donnera naissance à un nouveau parti, le Kamerun National Congrès (KNC) résultant de la fusion entre le CNF et le KUNC. Le KNC gagne les élections la même année et ENDELEY devient le leader du Business Government. Les anglais prendront très au sérieux les revendications des nationaux et y répondront graduellement, soit à travers des modifications constitutionnelles, soit à travers des conférences réunissant les différents protagonistes, comme celle de MAMFE en 1950 et celle de LANCANSTER HOUSE en 1959.

 

En vue de résoudre définitivement ces revendications indépendantistes et réunificationnistes, les autorités anglaises et onusiennes décident de consulter les camerounais par voie référendaire. La question posée était celle de savoir si oui ou non ces populations voulaient devenir nigérianes ou alors demeurer camerounaises après l’indépendance de leur territoire. La consultation eut lieu le 11 février 1961 et l’option pour l’indépendance avec réunification des deux Cameroun l’emporta dans le Southern Cameroon, tandis que le Northern Cameroon se prononçait pour son intégration à la fédération nigériane.

 

Le Cameroun français cria à la fraude et demanda en vain que justice soit faite et que le Northern Cameroon lui aussi soit rattaché au Cameroun. Les résultats de ce plébiscite donnèrent au processus de l’indépendance du Cameroun britannique et de la réunification son élan définitif.

 

A cet effet des rencontres eurent lieu entre camerounais orientaux et occidentaux en vue de trouver la formule appropriée pour leur nouvelle cohabitation. Ils se rencontrèrent tour à tour en juin 1961 à Bamenda, puis à Foumban en juillet 1961 et enfin à Yaoundé  en août1961. Au finish la forme fédérale fut adopté. Tout était alors fin prêt lorsque l’indépendance du Cameroun britannique fut proclamée le premier octobre 1961, sa réunification avec la république  du Cameroun indépendant s’ensuivit immédiatement, et JOHN GU FONCHA  qui avait gagné les élections avec son KNDP devint le premier ministre du Cameroun anglophone et vice- président de la république fédérale du Cameroun alors qu’Ahidjo étendait son autorité sur le nouveau territoire. La réunification aboutira à l’unité nationale de 1972.

 

 

Aristide MONO

Publié par Aristide MONO

Directeur de publication du journal la voix de la lékié. journaliste-activiste politique et Président de l'association Jeunesse et Citoyenneté Active.

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Merci à Thérèse Monesson

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